« 1 janvier 1880 » [source : BnF, Mss, NAF 16401, f. 2-3], transcr. Blandine Bourdy et Claire Josselin, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12724, page consultée le 08 août 2026.
Paris, 1er janvier 1880, jeudi matin, 8 h.
Cher bien aimé, je te souhaite à cette heure tout ce que tu m’as déjà souhaité à moi-même
dans ton adorable petite lettre d’hier. Les dernières épreuves douloureuses de la
vie ne nous
sont point épargnées dans nos derniers jours, à moi, surtout, qui avait mis tout mon
bonheur en ton amour. Qu’est-ce que ta déception comparée à la mienne ? J’espère que
cette pauvre
femme guérira ; je le désire pour toi et pour elle ; je le demande à Dieu, en qui
je crois, et j’associe à ma prière toutes nos chères âmes afin qu’elles obtiennent
tout ce qui peut te
rendre heureux dans cette vie.1
Je serais bien heureuse tout à l’heure d’apprendre que tu as passé une bonne nuit.
Cette nuit j’ai cru entendre frapper à ma
porte je me suis précipitée hors du lit en demandant : qui est là ? plusieurs fois
répétés et à haute voix. Personne n’a répondu. J’ai interrogé Célanie qui m’a dit n’avoir rien entendu, ce qui m’a décidé à ne pas ouvrir ma porte dans
la crainte de trouver quelque malfaiteur mais je n’ai pas pu me rendormir. Il
était deux heures et demie du matin. Tu m’as demandé de te remettre sous les yeux
la listes des étrennes de la maison. La voici. J’y ajoute à la fin les étrennes des
petits Koch2 40 F. Voilà, mon cher petit homme, le relevé que j’ai
fait dans mes livres des dépenses à la hâte car j’ai beaucoup à faire ce matin. J’aurais
voulu ne rien mêler à cette lettre toute de tendresse, d’espérance et d’amour mais
j’y suis
forcée puisque je suis seule à m’occuper de ta maison. Je vais aller tout à l’heure
t’embrasser et savoir comment tu as passé la nuit, te donner tes œufs3 et te faire faire du feu. Pardonne-moi cet
imbroglio de ménage et de tendresse. Souris-moi et bénis-moi comme je te souris et
comme je te bénis et confions-nous à Dieu pour qu’il nousa pardonne toutes nos fautes envers lui ainsi que celles que nous avons commises envers
nous-mêmes.
[Adresse]
Monsieur Victor Hugo
1 Mariette, servante au service de Hugo depuis 12 ans, a été transportée à l’hospice Saint-Anne sur prescription du docteur Boucherat le 30 décembre 1879. Hugo écrit à Juliette « Prions, ô ma douce bien-aimée, pour la pauvre femme accablée. Que Dieu lui vienne en aide ! » dans sa lettre du 31 décembre 1879, désignée ici comme son « adorable petite lettre d’hier ».
2 Enfants de son neveu (Jean-)Louis Koch.
3 Hugo avait l’habitude de manger deux œufs crus le matin. Il décide de noter cette habitude dans ses carnets à partir du 12 décembre 1879.
a « pour qu’il nous pour qu’il nous ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
l’amnistie des Communards est enfin votée, et la fête nationale, fixée le 14 juillet, fonde la République sur la Révolution Française
- AvrilReligion et religions.
- 24 octobreL’Âne.
